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L’histoire de la chapelle de la Vierge de Saint-Germer-de-Fly a été étudiée avec soin par Laurent Lecomte1, et nous nous contenterons ici de rappeler les éléments nécessaires à une meilleure appréhension du contexte dans lequel se trouvait le retable du musée. Élu abbé le 17 juin 1259, Pierre de Wessencourt fit construire une chapelle dont la fonction était triple. Chapelle abbatiale, chapelle mariale dans le goût du xiiie siècle, c’est aussi un reliquaire pour deux os du bras de saint Germer, transférés dans le trésor de la cathédrale de Beauvais au xe siècle et restitués par Guillaume de Grès, évêque de Beauvais, en 1249. Selon Laurent Lecomte2, la table d’autel, particulièrement magnifiée dans l’ensemble architectural, a probablement servi à l’ostension de ces reliques. Si l’on ne connaît pas la date exacte du début du chantier, deux éléments permettent d’en situer la fin : en 1267, Guillaume de Grès consacre la chapelle, ce qui indique que le gros œuvre est au moins achevé et que l’autel et son retable sont en place ; puis, en 1272, Pierre de Wessencourt est enterré dans la chapelle, qui doit donc être achevée à cette date.
Par ailleurs, Lecomte souligne les liens qui unissent sur le plan architectural cette chapelle à celle de la Vierge de Saint-Germain-des-Prés ; plus encore, au bras sud du transept de Notre-Dame de Paris, dont on retrouve certains éléments cités littéralement, mais aussi au chantier postérieur du portail des Libraires de la cathédrale de Rouen. Sans nécessairement suivre cet auteur dans son attribution du chantier à Jean Davy et dans son hypothèse d’une formation de cet architecte sur les chantiers de Pierre de Montreuil3, il n’en est pas moins évident que le maître d’œuvre à Saint-Germer-de-Fly est un architecte ayant travaillé au chantier de Notre-Dame, mais qui ne saurait être Pierre de Montreuil lui-même. Les similitudes entre le retable et les sculptures des piédroits du bras sud du transept viennent confirmer l’étroitesse de ces liens.
Retable : Crucifixion, scènes du Nouveau Testament et de la vie de saint Germer
1. Laurent Lecomte, Deux chefs-d’œuvre de l’art gothique : l’église abbatiale et la « Sainte-Chapelle » de Saint-Germer-de-Fly, chap. « La “Sainte-Chapelle” de Saint-Germer-de-Fly : un chef-d’œuvre du gothique rayonnant », Beauvais, 2007, p. 29-48. Sur les bâtiments de l’abbaye elle-même, voir Jacques Henriet, « Un édifice de la première génération du gothique: l’abbatiale de Saint-Germer-de-Fly », Bulletin monumental, t. 143, 1985, p. 93-142.
2. Laurent Lecomte, Deux chefs-d’œuvre de l’art gothique : l’église abbatiale et la « Sainte-Chapelle » de Saint-Germer-de-Fly, chap. « La “Sainte-Chapelle” de Saint-Germer-de-Fly : un chef-d’œuvre du gothique rayonnant », Beauvais, 2007, p. 46-47.
3. Marcus Schlicht, La Cathédrale de Rouen vers 1300. Portail des Libraires, portail de la Calende, chapelle de la Vierge, Rouen, 2005, p. 314-317, a avancé des arguments convaincants pour retirer à Davy la paternité du portail des Libraires.
Xavier Dectot
© Réunion des musées nationaux – Grand Palais, 2011 ; mise à jour : mai 2016