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La cathédrale de Chartres dispose de l’un des plus riches et des plus variés décors sculptés conservés en France. Le musée de Cluny n’en conserve que deux pièces, provenant toutes deux du jubé qui seul, donc, nous retiendra ici1.
Pour un monument du xiiie siècle, le jubé de la cathédrale de Chartres est étonnamment bien documenté, trop même. Car s’il ne fait guère de doute qu’il était en place lors de la (seconde) dédicace de la cathédrale le 23 mai 12602, deux autres documents le mentionnent à une date antérieure, l’Ordinaire de la cathédrale (antérieur à 1239) et un document de 1210 relatant l’émeute qui avait éclaté à Chartres cette année-là3. Comme on le verra à l’étude des œuvres, il est improbable que le jubé évoqué dans ce second document soit celui qui nous est parvenu, et il nous faut bien reconnaître notre ignorance sur la nature et la structure de ce premier jubé. Souvent mentionné par les historiens de Chartres, le jubé est connu dans sa structure grâce au plan de la cathédrale donné en 1678 par Félibien. Ce plan était autrefois conservé à la bibliothèque municipale de Chartres, et n’est plus connu que par des copies depuis l’incendie de celle-ci en 1944. Plusieurs documents graphiques permettent par ailleurs d’en connaître l’élévation, mais avec une certaine incertitude, le jubé n’étant qu’un détail à petite échelle dans une vue plus large de la cathédrale.
Cet ensemble de plus de vingt mètres de long fut détruit en 1763 lors des réaménagements du chœur, et les fragments connurent deux destinations principales : tandis que certains étaient enterrés sous le dallage de la cathédrale (voire remployés comme dalles), d’autres semblent avoir, dès le xviiie siècle, quitté le site de la cathédrale, notamment pour être remployés comme matériau de construction. D’autres encore, comme les deux chapiteaux du musée de Cluny, furent retrouvés, dans des circonstances imprécises par Alexandre Lenoir et exposés au musée des Monuments français. C’est à la suite de l’incendie de 1836 que les premiers fragments furent redécouverts dans la cathédrale. Une campagne de fouilles systématiques ordonnée en 1847 par Jean-Baptiste Lassus a mis au jour près de mille éléments arrachés au jubé, aujourd’hui toujours conservés dans un couloir de la crypte de la cathédrale, dans l’attente de la création d’un véritable musée lapidaire qu’en 1967 déjà Léon Pressouyre appelait de ses vœux.
Au même titre que le jubé de Bourges, dont il est sensiblement contemporain, le jubé de Chartres apparaît comme un maillon essentiel de l’histoire de la sculpture gothique. Du style du début du xiiie siècle, il retient un goût pour les drapés serrés, mouillés et près du corps, mais il y ajoute une retenue et une sobriété dans les retombées qui prend tout son essor dans d’autres sculptures où, au contraire, les plis s’éloignent pour former des grands tubes parallèles, voire des plis aplatis : autant de formules qui devaient marquer les décennies suivantes. Dans le domaine du décor, l’innovation est tout aussi patente. À côté de dalles au décor en très bas relief apparaissent des chapiteaux qui, tels ceux du musée, frappent par l’expansion et la recherche de leur végétation, en fort contraste avec les structures simples, corinthisantes et dominées par les feuilles d’eau et les feuilles plates du premier quart du siècle, encore largement visibles sur des monuments parisiens de cette même décennie 1230. À côté du jubé de Bourges, le jubé de Chartres s’impose donc comme l’une des étapes des transformations dans l’approche de la figuration humaine comme du répertoire décoratif, qui devait connaître son apogée avec la sculpture parisienne des deux décennies suivantes.
Chapiteau à feuilles d’églantine
1. Sur le jubé de la cathédrale de Chartres, les deux références restent Jean Mallion, Chartres, le jubé de la cathédrale, Chartres, 1964 et Léon Pressouyre, « Pour une reconstitution du jubé de Chartres », Bulletin monumental, t. 125, 1967, p. 419-429.
2. Bulle d’Alexandre IV dans Gallia Christiana, t. VIII, col. 370.
3. Lépinois and Merlet, éd.. Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, Chartres, 1865, t. II, p. 56 : « [...] pulpitum ascendentes [...] ».
Xavier Dectot
© Réunion des musées nationaux – Grand Palais, 2011 ; mise à jour : mai 2016