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Les œuvres provenant de La Souterraine (Creuse) ont, en fait, été trouvées à proximité de la ville, au lieu-dit de « Breith ». Il s'agissait de fouilles, menées à partir de 1839 par Yves Fesneau, instituteur à La Souterraine, sur un site gallo-romain, mais ces éléments semblent avoir été découverts dans une strate de remblai. La façon de mener les fouilles au xixe siècle comme le manque d'informations dont nous disposons sur les résultats de celles de Breith (qui se limitent à un bref article d'Yves Fesneau dans le Bulletin de la Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse) rendent difficile la datation de ces éléments. Plusieurs points doivent être pris en compte : on ignore la date exacte à laquelle Breith a été abandonné. Selon Pierre Valadeau, cet abandon remonterait au ve siècle et aux troubles entraînés par le passage des peuples germaniques, notamment des Vandales. Les vestiges restèrent cependant visibles tout au long du Moyen Âge, comme en témoignent deux références, datées de 1162 et du xive siècle1. Ils semblent avoir servi de carrière de pierre pour les constructions des environs, et notamment pour l'église de La Souterraine, où une stèle romaine est encastrée dans l'un des murs de la crypte2. Enfin, Paul Abadie, alors architecte diocésain d'Angoulême, de Périgueux et de Cahors, restaura l'église de La Souterraine entre 1850 et 1873, refaisant complètement le chevet. C'est probablement en raison de cette intervention que les descriptions des chapiteaux faites en 1847 par l'abbé Texier3 ne correspondent absolument pas aux observations que l'on peut faire depuis : ainsi vit-il des chapiteaux « barbares » dans la première travée de la nef, des chapiteaux « à boules, retenues par des feuilles crochées » dans la deuxième et des chapiteaux « gothiques, les consoles à têtes grimaçantes » dans la troisième. Si l'on se fie à son témoignage, il faut admettre que les chapiteaux ont été remplacés par Abadie. Mais le fait que ceux de la nef soient, aujourd'hui encore, en granite, quand Abadie, dans le chevet, a eu recours au calcaire incite à se demander où, dans ce cas, il se serait procuré les chapiteaux qu'il aurait placés dans la nef.
Quoi qu'il en soit, les dons effectués par M. Bonnet et Mmes Faure et d'Héron au musée de Cluny sous l'impulsion d'Yves Fesneau l'ont été longtemps après ses fouilles et en un temps où les travaux d'Abadie à l'église étaient très avancés. On peut donc se demander si certaines des sculptures du musée ne proviendraient pas de l'église plutôt que des ruines de Breith. Cette question est notamment très ouverte pour l'un des chapiteaux, le Cl. 19240, qui correspond assez bien aux descriptions de Texier pour la deuxième travée de la nef, le chapiteau Cl. 19239 pouvant, quant à lui, rappeler les chapiteaux « barbares » de la première travée. Les trois chapiteaux (Cl. 19239, 19240 et 19251), qui plus est, semblent trop éloignés des modèles antiques pour que l'on puisse les rattacher à l'époque gallo-romaine. Notons cependant que leurs dimensions réduites ne semblent guère s'accorder avec celles de chapiteaux de colonnes, mais en faire plutôt des chapiteaux de colonnettes. Leur provenance reste donc incertaine, même si de nombreux indices convergent pour inciter à penser qu'il pourrait s'agir de chapiteaux de l'église de La Souterraine, probablement déposés au cours des travaux d'Abadie et envoyés au musée par les personnes les ayant récupérés sur les instances d'Yves Fesneau, conjointement aux découvertes faites à Breith.
1. Pierre Valadeau, La Souterraine et son canton, Treignac, 1981, p. 282-283.
2. Ibid., p. 285, et Yves Fesneau, Notice historique sur l’église de La Souterraine, Limoges, 1839, p. 2.
3. Abbé Texier, Album historique et pittoresque de la Creuse, Aubusson, 1847, p. 119-121.
Xavier Dectot
© Réunion des musées nationaux – Grand Palais, 2011 ; mise à jour : mai 2016