Contenu Menu Aide et Accessibilité
Pour un édifice de dimensions somme toute modestes, l'église de Deuil-la-Barre (Val-d'Oise) a fait l'objet d'une attention fort développée. Deux études ont été consacrées à ses seuls chapiteaux : l'une, en 1938, par André Lapeyre1, la seconde en 1991 par Anne Ganné, dans le cadre d'un mémoire de maîtrise dirigé par Carol Heitz2. De plan, cette église est fort simple : une nef à trois vaisseaux de quatre travées, les vaisseaux central et méridional présentant une travée supplémentaire à l'ouest – témoignage d'un accroissement postérieur de l'église3 –, un transept très légèrement saillant, amplifié, au sud, par une chapelle de trois travées construite au xvie siècle et supportant, au nord, un clocher, le tout prolongé par un chevet refait vers 12204. Selon les observations d'Anne Ganné, un second clocher aurait probablement été réalisé, ou à tout le moins prévu, sur le bras sud du transept5, hypothèse que rejette André Lapeyre6. Une partie des chapiteaux de la nef et du transept est conservée en place, ce qui permet, au vu des dimensions, d'exclure que les chapiteaux du musée en proviennent. L'hypothèse avancée par Lapeyre7 et reprise par Ganné8 selon laquelle ils auraient été installés dans les étages supérieurs du clocher est, en revanche, d'autant plus probable qu'ils furent donnés au musée en 1868, l'année même où l'architecte Blondel reprenait ces deux derniers niveaux9.
Quant à la datation du monument, elle semble simple au premier abord : en 1066, Hervé de Montmorency donne l'église aux moines de Montmorency, donation ratifiée en 1072. On a donc longtemps considéré que l'église était alors, sinon construite, du moins fort avancée. André Lapeyre comme Anne Ganné ont critiqué cette tradition, montrant notamment que cette datation était incompatible avec le style des chapiteaux de la nef et surtout de ceux, richement historiés, du transept. André Lapeyre proposait dès lors de rajeunir considérablement les chapiteaux de la nef et du transept et, supposant une réfection des piles dans le deuxième quart du xiie siècle, date ceux-ci des années 1140, par analogie avec ceux de la crypte de Saint-Denis. Anne Ganné, quant à elle, fait remarquer avec justesse que les chapiteaux de la nef sont trop proches, par leur style et par leur décor, de ceux conservés au Musée national du Moyen Âge pour que l'on puisse supposer une distance d'un demi-siècle entre les uns et les autres, surtout que l'on comprend mal pourquoi chapiteaux et modillons du clocher auraient inspiré aussi étroitement la nef. Il paraît plus probable de considérer que les deux réalisations sont contemporaines. Par-delà leur caractère géométrique et leur sculpture parfois fruste, les chapiteaux de la nef comme ceux du clocher paraissent fortement influencés par le modèle ionien. Ils ne semblent guère être antérieurs à 1100, mais ne nous paraissent pas être aussi tardifs que le voudrait André Lapeyre. Sans être aussi affirmatif que ne l'est Anne Ganné, qui les place dans les années 1100, il nous semble qu'il faut situer ces chapiteaux dans une période de l'art d'Île-de-France qui précède les premières recherches gothiques – la comparaison avec les chapiteaux de la crypte de Saint-Denis excluant, à notre sens, tout rapprochement – et les dater du premier quart du xiie siècle, époque où sont probablement lancés les travaux de construction de l'église après l'arrivée des moines en 109410.
Chapiteau d'angle à décor de masque
Chapiteau d'angle à décor de masque
1. André Lapeyre, « Les chapiteaux historiés de l’église de Deuil (Seine-et-Oise) », dans Bulletin monumental, t. 97, 1938, p. 397-423.
2. Publié dans Anne Ganné, « Les chapiteaux de l’église romane de Deuil-la-Barre, Val-d’Oise », dans Société des amis des arts et sciences de Tournus, vol. 91, 1992, p. 123-150.
3. Ibid., p. 125-126.
4. Ibid., et André Lapeyre, « Les chapiteaux historiés de l’église de Deuil (Seine-et-Oise) », dans Bulletin monumental, t. 97, 1938, p. 298.
5. Anne Ganné, « Les chapiteaux de l’église romane de Deuil-la-Barre, Val-d’Oise », dans Société des amis des arts et sciences de Tournus, vol. 91, 1992, p. 126.
6. André Lapeyre, « Les chapiteaux historiés de l’église de Deuil (Seine-et-Oise) », dans Bulletin monumental, t. 97, 1938, p. 404.
7. Ibid.
8. Anne Ganné, « Les chapiteaux de l’église romane de Deuil-la-Barre, Val-d’Oise », dans Société des amis des arts et sciences de Tournus, vol. 91, 1992, p. 146-147.
9. André Lapeyre, « Les chapiteaux historiés de l’église de Deuil (Seine-et-Oise) », dans Bulletin monumental, t. 97, 1938, p. 404.
10. Arrivée signalée par Anne Ganné, « Les chapiteaux de l’église romane de Deuil-la-Barre, Val-d’Oise », dans Société des amis des arts et sciences de Tournus, vol. 91, 1992, p. 123-150. Contrairement à ce que l'on a trop tendance à affirmer, l'installation d'une communauté monastique précède la construction d'une église plus fréquemment qu'elle ne la suit. C'est notamment un cas fréquent au xiie siècle avec la multiplication des communautés monastiques qui naissent de mouvements érémitiques. Pour des exemples en Franche-Comté, on pourra se référer à René Locatelli, « Une principauté dans l’orbite impériale », dans La Création architecturale en Franche-Comté au xiie siècle, du roman au gothique, Éliane Vergnolle dir., Besançon, 2001, p. 27-29.
Xavier Dectot
© Réunion des musées nationaux – Grand Palais, 2011 ; mise à jour : mai 2016