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Réunion des Musées nationaux - Grand Palais - Catalogue des collections
Musée national du Moyen Age, Thermes et Hôtel de Cluny, Paris

Les catalogues raisonnés

Sculptures des XIe-XIIIe siècle - Collections du musée de Cluny

Sainte-Chapelle, apôtres

Cl. 18665 (Cl. 12573)

Apôtre « mélancolique »

Paris, Sainte-Chapelle, 1243-1248

Calcaire lutétien sculpté avec traces de polychromie
H. 165,5 ; L. 52 ; Pr. 43 cm


Historique

Provient du décor intérieur de la Sainte-Chapelle de Paris. Entré au musée des Monuments français en 1797. Transféré au Mont-Valérien en 1827. Mutilé et enterré pendant les journées de Juillet en 1830. Chantier de restauration de la Sainte-Chapelle en 1844. Inventorié en 1891 puis en 1912. La tête se trouvait, avant 1900, dans l’atelier de Georges Dechaume, restaurateur ayant travaillé à Notre-Dame et à la Sainte-Chapelle et fut rajoutée à la sculpture à cette date.


Commentaire

L’apôtre a perdu son attribut, la main droite étant coupée au niveau du poignet. Un trou a été fait à une période indéterminée pour rapporter une main qui avait déjà disparu à l’entrée dans les collections du musée. Les pieds ont également disparu. Le cou a été partiellement repris pour permettre la remise en place de la tête. Le visage, légèrement allongé, est encadré par des cheveux nettement séparés par une raie médiane soulignée par une double boucle sur le front et retombant de part et d’autre en une légère et régulière ondulation, et par une barbe travaillée en mèches épaisses. Le corps est presque entièrement dissimulé par une longue robe où seul le genou droit, légèrement plié, fait saillie. Lisse sur le torse, elle se déploie en plis légèrement tuyautés sur les jambes. Par-dessus, l’apôtre porte un fin manteau tombant de part et d’autre du cou, à peine visible sur le torse où il se replie en quelques plis écrasés, tombant en une cascade de plis tuyautés le long de la hanche gauche. Le pan de dextre, est ramené en travers du corps, couvrant l’abdomen, les hanches et la main droite avant de retomber par-delà le bras gauche. Le travail du drapé est particulièrement recherché sur ce pan, les effets de froissé venant contrebalancer, voire contrarier, les plis à becs qui s’y développent.

Comme l’avait finement remarqué Cesare Gnudi, 1969, il présente ainsi un intéressant mélange entre les deux tendances qui cohabitent à la Sainte-Chapelle, celle marquant l’apogée du classicisme parisien et dont les apôtres acéphale et « à tête de philosophe » sont les plus parfaits représentants, et celle d’une certaine recherche maniériste qui trouve son apogée, malgré les restaurations, dans certaines des statues d’apôtres encore en place. La tête, tout particulièrement, présente un équilibre étonnant, loin de la bonhomie du Saint Jean ou de la recherche antiquisante de l’apôtre « à tête de philosophe » dont l’influence se fera fortement sentir dans les sculptures du bras nord du transept de Notre-Dame de Paris (notamment Cl. 23127 et Cl. 23606). Cette situation intermédiaire, particulièrement claire ici, suffit presque à elle seule à prouver la thèse de Salet, 1951, qui explique les différences stylistiques entre les apôtres par la présence de plusieurs ateliers travaillant concomitamment sur un chantier qui se déroule rapidement, et à infirmer celle, par trop systématique, de Weber, 1997, qui distingue deux et seulement deux styles expliqués par une différence de chronologie.


Bibliographie

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Expositions

  • Saint Louis, Paris, Sainte-Chapelle, 1960.
  • Paris, ville rayonnante, Paris, musée de Cluny, 2010, no 132.

Index

Désignation : Ronde-bosse
Matière : Calcaire lutétien
Technique : Sculpture polychrome
Sujet iconographique : Apôtre
Période : 2e quart du XIIIe siècle


Permalien pour cette notice

http://www.sculpturesmedievales-cluny.fr/notices/notice.php?id=65



Xavier Dectot

© Réunion des musées nationaux – Grand Palais, 2011 ; mise à jour : mai 2016

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